Mardi 24 janvier 2006
J’ai connu une Anne Buisson, autrefois. Quelques années après la photo, là-haut. Quand j’ai vu son nom sur une couverture, j’ai eu un petit choc. Se pourrait-il que la petite fille que j’ai connue dans ses langes ou presque soit publiée aujourd’hui, juste sous mes yeux ? J’ai feuilleté le livre, rapidement, l’esprit trop occupé par ces souvenirs, et l’ai reposé. Puis je l’ai repris. Je l’ai goûté, ce livre dont je connais peut-être l’auteur. Cette serveuse de cafétéria m’a fait penser à Mafalda, une Mafalda presque adulte, un peu fatiguée et avec encore moins d’illusions : « Un steak bleu comme vos yeux, s’il vous plaît, m’a demandé un client. J’ai fait cuire son steak et en lui montrant l’assiette, je lui ai demandé s’il trouvait que le steak en question avait réellement la couleur de mes yeux ».

Cette Anne Buisson est née à Clermont-Ferrand et travaille à Paris dans une revue scientifique. Pourquoi pas. Il n’y a pas de photo. Je ne me souviens ni de sa ville de naissance ni des projets professionnels qu’elle nourrissait à six ans. Elle s’asseyait sur le canapé et faisait semblant de lire une BD pendant que nous terminions notre petit déjeuner. Elle avait un très joli sourire et sentait très fort le Carbonyl.

par JACQUOT Nathalie publié dans : BOUQUINS
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Jeudi 19 janvier 2006
J’aime bien les histoires « deux en une » qui se rencontrent à la fin. Il y a ici une héroïne d’aujourd’hui, une américaine qui essaie de s’intégrer avec son mari dans un petit village du Lot, et sa lointaine ancêtre du dix-septième siècle, convertie à la Réforme par nécessité. L’intégration de la première passera par une découverte et une réappropriation de son identité. Une seconde naissance, évidemment dans la douleur et le renoncement. Mais elle y gagne aussi un Jean-Paul totalement irrésistible. Voilà, c’est dit, maintenant vous le savez, je suis un peu fleur bleue. Mais faites-moi une promesse : tapez-moi sur la tête quand je voudrai vous parler d’ « Une alliance en héritage ».
par JACQUOT Nathalie publié dans : BOUQUINS
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Jeudi 19 janvier 2006

Monologue de Tonton Jean qui pique-nique en famille (femme, sœur, beau-frère etc.), quelque part en Lorraine en 1946. Il est péremptoire, de mauvaise foi, il a un avis sur tout et sur tout le monde. Il passe sans transition du poulet à la condition des femmes et à la réconciliation des peuples : « Non, je ne cherche pas à le défendre ce gamin, d’ailleurs personne ne l’accuse. Yvonne, de quoi on l’accuserait, ton Max, tu t’en es bien tirée pour l’élever sans son père pauvre soeurette, tiens mange une autre part de quiche. On dirait qu’il va pleuvoir ah non pas de l’eau encore, on en eu assez depuis deux mois. »
Le rosé aidant, son bavardage cache de moins en moins sa culpabilité par rapport à certain événement tragique survenu au beau-père de sa sœur, allemand et résistant. C’est du Saumont : ça a l’air léger, anodin, et c’est terrible. Petite question pour les germanistes : la deuxième personne du pluriel pour le vouvoiement en allemand, c’est une spécialité lorraine ?

par JACQUOT Nathalie publié dans : BOUQUINS
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Jeudi 19 janvier 2006
J’ai lu ce livre pour sa couverture, une photo toute verte de petite cabane en bois dans une prairie, sur fond de ciel nuageux ; et aussi pour le ø du nom de son auteur, qui se trouve être « auteur vedette dans son pays », d’après la quatre de couve. Je lis souvent des livres d’auteurs « figurant parmi les plus doués de leur génération », il faudrait d’ailleurs faire une enquête sur la fréquence de cette expression, ça n’est peut-être pas une coïncidence. J’ai du également en entendre parler à la radio. Bref, je n’avais qu’une idée très vague de l’intrigue avant de le lire. C’est normal, l’intrigue est très très succinte. Une histoire de pilote anglais dont l’avion s’est écrasé sur une côte danoise, ravitaillé pendant deux jours par une jeune fille qui ne saura même pas son nom mais dont il sera le premier et le seul amour. Le narrateur, amoureux de la jeune fille, raconte cette histoire très longtemps après. Il se passe très peu de choses, c’est écrit d’un ton presque impersonnel, désincarné, mais j’ai dévoré. C’est peut-être ce qu’on appelle un style dépouillé. L’histoire se déroule toute seule, on la connaît presque d’avance, le style se fait discret, mais on ne lâche le bouquin, à regret, qu’au dernier mot, qu’on trouve à sa place, exactement. Bon, il a écrit quoi d’autre, cet auteur vedette ?
par JACQUOT Nathalie publié dans : BOUQUINS
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Mercredi 18 janvier 2006
Tout à l'heure, c'était la version ronchon. Il y en a une autre.
Si dans la voiture qui vous emmène à Saint Exupéry il y a La Vie en rose, celle d'Edith Piaf, avec les R qui RRRoulent et les trémolos qui vous font sourire mais pas trop, parce que la goutte qui point au coin de votre oeil pourrait bien rouler ; s'il y a ensuite celle de Grace Jones, sept minutes d'hommage chaloupé, exotique ; si vous la voyez en rose au point d'envisager d'inviter à danser l'employé du péage qui vous réclame les fameux six euros vingt avec la tête de Robert Dalban dans les Tontons flingueurs ; si le petit garçon qui est assis à côté de vous et qui a oublié son cartable dans la voiture hier soir ne sait plus s'il doit garder son air penaud encore un petit peu ou s'il doit chanter - faux - avec sa mère et Grace Jones, l'éclairage n'est pas tout à fait le même. Et pourtant, c'est le même cartable.
Bonne nuit !
par JACQUOT Nathalie publié dans : NEZ AU VENT
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Mercredi 18 janvier 2006
On sous-estime généralement les prédispositions à la farce des objets du quotidien. J'ai fait aujourd'hui 160 km et dépensé, outre les frais d'essence, 12,40 euros de péage et 2 euros de parking, pour récupérer un cartable resté hier soir dans une voiture qui partait ce matin pour la gare TGV de Saint Exupéry. Cette voiture part rarement pour Saint Exupéry. Pourquoi le cartable a-t-il justement choisi hier soir pour se cacher sous le réhausseur de la petite soeur et se laisser enfermer ?
Depuis qu'on est rentré à la maison et que son propriétaire est parti se détendre dans un gymnase, je le surveille du coin de l'oeil. Mais il fait l'air de rien. Pas une bretelle, pas une bande réfléchissante ne frémit. Le voyage l'a sans doute fatigué. Il faut dire qu'après Saint Exupéry j'ai tenté de rentabiliser le voyage en poussant jusqu'au supermarché de la décoration suédoise du coin. Du coup ça m'a coûté, en plus des frais de déplacement, 170,17 euros. Je crois que si j'étais le cartable, je ferais profil bas aussi.
par JACQUOT Nathalie publié dans : NEZ AU VENT
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Dimanche 8 janvier 2006

Le clavecin n’est pas un instrument isotrope.

Entendez par là que le son qu’il produit ne se propage pas de la même façon dans toutes les directions. C’est forte de cet élément capital que j’ai entendu hier soir une claveciniste de mes amies, Isabelle, et trois comparses flûtiste, violoncelliste et hautboïste, dans un hommage à Astor Piazzola.

Je connaissais Isabelle poitevine et grenobloise. Hier soir, elle était argentine. Chevelure sombre et généreuse, châle rouge, visages de douleur et de colère constamment entremêlées, ne laissant que quelques secondes à une tendresse, une joie  fugitives, volées par les regards complices de ses partenaires. Flamenca.

Je n’aime rien tant dans la musique que les musiciens. Totalement béotienne, paralysée par la vue d’une portée, intimidée par la moindre clé de sol, prise de maux de ventre aux mots « harmonique » et « tessiture », je suis fascinée par les musiciens, qu’ils naviguent à l’aise dans ce langage hermétique ou jouent d’instinct, quand ils savent tirer d’un objet inanimé des sons, des phrases, des romans, des déclarations d’une humanité profonde, pure.

Je vais donc au concert pour regarder. Bien sûr j’écoute. Mais d’abord je regarde. Comment ils s’arrangent de leur trouille que je devine monstrueuse, comment ils la cachent ou en sont incapables, combien de temps il leur faut pour la tenir, s’en rendre maîtres. Comment ils vivent ensuite cet échange avec nous, entre eux. Comment ils se regardent, se sourient, prolongent ou pas ces petits apartés visuels. J’essaie de comprendre ce qui les provoque, en vain la plupart du temps, incapable de déceler une hésitation, la complexité d’un passage, la liberté d’interprétation qu’ils peuvent s’autoriser. J’observe, jubile et reste naïve. J’imagine la vie des musiciens quand ils auront posé leurs instruments, recueilli nos hommages, souri à nos questions et remarques triviales. Je leur cherche des prénoms, des traits de caractère.

Autant que l’abnégation que semblait lui demander son hautbois, tyran avide de souffle, j’ai admiré la jupe-salade et les paillettes rouges du cache-cœur d’Ombeline, que j’appelais provisoirement Léontine. J’ai parié sur son âge, sa maternité, son énergie au travail et dans sa cuisine, à la simple vue de sa coupe de cheveux, des chaussures et des vêtements qu’elle avait choisis pour jouer et de son rapport à son instrument. J’ai envié la sérénité vite retrouvée du violoncelliste, après la panique dans ses yeux des cinq premières minutes, ainsi que sa dextérité à positionner son instrument, avec exactitude, sur la planchette astucieusement fixée sous un pied de son siège, raccourci à cet effet. Et je m’interroge encore sur ce que cache l’impassibilité sans faille d’Anne, la flûtiste. Discrète, efficace, concentrée, présente à ses partenaires même à l’autre bout de la salle, pour le petit clin d’oreille final.

Comment ? Le concert ? Ah, oui, le concert. Vous ne sauriez imaginer à quel point un clavecin peut swinguer. Si, si, croyez-moi, même si mon crédit musical est au plus bas, j’ai été ébahie par la disposition au tango argentin de cet instrument à l’aura vieillotte. Je ne connaissais pas l’amour d’Isabelle pour Piazzola, pas plus que le talent de conteuse de Vivian l’Argentine, à qui je dois ma première résolution de cette année : recommencer d’urgence à apprendre l’Espagnol, cette langue aux mille déclinaisons, aux milles séductions.

Sur le chemin du retour, j’étais heureuse de rapporter tout ça à la maison, dans mon village où les concerts sont d’un autre genre. A la maison, Paul Personne (mon Piazzola à moi) chantait pour mes deux garçons, plongés sagement dans des BD sur le canapé. Il chantait « Loco loco », je vous jure.
par JACQUOT Nathalie publié dans : PLEIN LES OREILLES
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Mercredi 4 janvier 2006

Voilà un livre pas gai (l’histoire lamentable d’un homme de 45 ans, amoureux de sa sœur, qui passe sa vie à l’attendre et qui lâche tout le reste petit à petit) mais très bien écrit. Le ton est souvent humoristique, les phrases sont belles, parfois surprenantes, et les mots savants nombreux. Il y a même « gorgeon », pour les amateurs.

Et puis, il a eu le Prix du livre Inter en 2004, et j’ai une tendresse particulière pour ce prix. Une année, j’ai voulu y participer, à la dernière minute. J’ai fait une belle lettre à Mme Nancy Huston (c’est pas tous les jours que j’ai une telle occasion) et j’ai mis le code postal à la place de la rue ou du cedex, je sais plus. Bref, la lettre m’est revenue et je ne pouvais plus être dans les temps. Comme preuve de ma bonne foi, j’ai voulu glisser la lettre avec le cachet de la poste dans une nouvelle enveloppe avec la bonne adresse, mais pendant que je l’écrivais ma fille de trois ans déchirait la première enveloppe avec le cachet, le timbre et la lettre. J’ai laissé tomber.

par JACQUOT Nathalie publié dans : BOUQUINS
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Dimanche 1 janvier 2006
Prenez un hamac 2 places. Mettez-le dans une jolie pièce pas finie mais avec une belle charpente. Montez dans le hamac avec votre fille de cinq ans. Balancez-vous doucement en regardant votre charpente et en écoutant distraitement le babil de votre fille. Dégustez bien chaud. Dites-m'en des nouvelles.
par JACQUOT Nathalie publié dans : RECETTES
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Dimanche 1 janvier 2006
L'idée de départ avait tout pour me séduire : que serait-il arrivé si Hitler avait été reçu et non recalé à l'Ecole des  beaux-arts de Vienne le 8 octobre 1908 ? D'autant que l'auteur se paie le luxe de développer les deux scénarii en parallèle. Mais je n'ai pas cru à celui que Schmitt a imaginé, je m'y suis même un peu ennuyée. Et pourtant, de l'imagination il en a, et l'angélisme n'est pas son fort. Vous voyez où je veux en venir ? Et si le scénario diabolique, celui qu'on connaît, n'avait pas de pendant positif ? Ne serions-nous que des vautours incapables de se délecter d'autre chose que de mort et de souffrance ? Allez, je vais aller relire un Bobin.
par JACQUOT Nathalie publié dans : BOUQUINS
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