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Vingt-quatre ans après, la fête de la musique n’a rien épuisé de sa magie. L’œil goguenard et les pieds dans la bière, vous dégustez en famille le kebab de circonstance. Les visages autour de votre banc bercent votre bienheureuse condition d’anonyme dans cette ville au diapason d’un ministre fier de son (micro)sillon. Vous flottez dans une béatitude molle aux contraintes floues, nourrie de notes bon enfant de chœur ou naïvement rebelles, d’odeurs de merguez et des regards attentifs mais plombés d’habitude de tous les bals du 14 juillet du monde, quand soudain trois accords vous pincent la corde sensible.
Plus de sauce blanche qui coule sur les doigts, plus de benoîte communion avec le populaire mélomane. Vous n’êtes plus que caisse de résonance à ces trois notes, suspendue à la pure folie que seraient les suivantes. Quand ce miracle se produit, vous levez les yeux que l’attente tenait rivés au sol, seule certitude de l’instant, et vous le voyez. Il EST sur ce bout de scène, trois planches jetées devant le bistro de la place Saint Bruno. Pas une pâle imitation. Lui, en chair, en os, en muscles, en tendons, en rage, en gueule à tout bouffer tout de suite, misère et jouissance de l’homme. Pas avec le E Street au complet, mais quelques énergumènes aux dents blanches et foulards noirs qui lui ressemblent.
Il est là et il chante Worlds Apart, rien que pour vous.
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