Dimanche 18 juin 2006

Le jour où la lettre arriva, il la contempla quelques instants, la tenant bien à plat de ses deux mains. Puis il me regarda, moi, sans rien dire, sa question dans les yeux. Tentant d’y répondre seul. Il posa la lettre, sans l’ouvrir, sur la table. Et il partit travailler. Quand il rentra le soir, la lettre était toujours sur la table. Il n’en parla pas du tout. Je crois qu’il ne la regarda plus.

Il ne voulait pas savoir si je repartirais, ni pourquoi, ni où, ni avec ou sans qui. Si je regrettais, si je lui en voulais, si j’avais envisagé toutes les autres possibilités. Il me voyait là, avec mon plâtre et cette lettre sur la table, portant mon écriture. Il n’y croyait pas. On ne part pas avec une jambe plâtrée. On n’est pas renversée en bas de son immeuble, avec sa petite valise, quand on veut vraiment partir. On n’envoie pas une lettre à son mari par la poste. On n’explique pas. Quand on veut vraiment partir, on part.

Un beau matin, on se rend à l’hôpital en taxi. On en ressort sans plâtre, avec une ordonnance pour la rééducation et quelques noms de kinés spécialisés. On garde l’ordonnance et on jette les noms. Il y en a aussi à Digne ou à Tarbes, des kinés spécialisés.

par JACOTTE publié dans : Coïtus Impromptus
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Samedi 17 juin 2006
Je ne me rends plus nulle part sans mon calepin et un de ces bouquins à couverture blanche. Je lis à table, dans la cuisine, partout où je trouve dix minutes. Je prends des notes. Je prends aussi un air patient et concentré lorsqu'on m'interrompt.
Je lis des livres qui ne sont pas encore parus. Je vais en lire quinze dans les trois mois qui viennent.
Je suis membre du Comité de lecture 2006 de la Librairie Nouvelle.
Je biche.
par JACOTTE publié dans : BOUQUINS
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Vendredi 16 juin 2006
Cette couleur du ciel, cette sonorité si particulière. Cette densité de l'air.
Oui, il pourrait bien neiger cette nuit.
par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Mardi 13 juin 2006
En ce temps-là, sur la Terre, presque tous les hommes se battaient. Ils étaient capables d’une cruauté sans limites dans cette entreprise.
Parmi ceux qui ne se battaient pas, certains traçaient des signes sur du papier. Ils y consacraient une grande partie de leur temps éveillé, quand ils ne chassaient pas, ne réparaient pas leur toit ou n’expliquaient pas à leurs enfants comment ne pas devenir un de ces champions de l’auto-extermination. Quand ils avaient terminé d’écrire tous ces signes, ils portaient leur travail, une grande quantité de feuilles de papier, à un de leurs semblables. Celui-ci lisait le travail, en discutait parfois longtemps avec celui qui l’avait écrit. Quand ils s’étaient mis d’accord, ils envoyaient le travail à un troisième, qui reproduisait les signes sur un nombre encore plus grand de feuilles de papier qu’il reliait ensemble. Les objets ainsi fabriqués s'appelaient livres. Ils étaient expédiés dans des boutiques, empilés sur des tables. Des visiteurs venaient les acquérir en échange d’argent et les emportaient chez eux, sur l’herbe d’un jardin public ou dans les longs véhicules qui les transportaient. Ils ouvraient les livres et examinaient l’un après l’autre tous les signes qu’ils contenaient. Ils lisaient.
Il arrivait qu'ils retournent un soir, avec le livre, à la boutique où ils l’avaient acheté. Ils prenaient place sur des chaises. L’un d’entre eux s’asseyait en face des autres et commençait à dire à voix haute les signes qu’il voyait sur les pages du livre. Tous les autres écoutaient en silence, se contentant de sourire, de froncer les sourcils et de regarder au loin, bien au-delà des murs de la boutique et parfois bien après que le lecteur s’était tu.
Ce qui était remarquable, c’est que pendant qu’ils étaient là, ils oubliaient que d’autres, au même instant, tuaient, violaient, pillaient, brûlaient, pleuraient, mouraient, souffraient… Même, et peut-être surtout, quand le livre parlait de tout cela.
par JACOTTE publié dans : ECRIRE
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Lundi 12 juin 2006

J'ai un rêve. J'écris un portrait de quelqu'un qui existe. Je ne dis pas qui, mais vous trouvez. C'est un rêve, bien sûr. Mais des fois... Je remercie bien sûr celles et ceux qui savent de ne pas abuser de leur avantage.


Il traverse la librairie, tête baissée, les traits tendus, par l’allée étroite ménagée au milieu des chaises. Il s’assied au premier rang, sans se retourner, sur celle que lui a réservée le libraire. Je ne vois que l’arrière de sa tête, ses cheveux raides un peu trop longs, le col relevé de son blouson de cuir et les doigts de sa main gauche, crispés sur sa joue. Trois personnes qu’il ne connaît pas lisent le livre qu’il a écrit pendant des mois. Il ne fait pas un mouvement.

Quand l’une des lectrices applaudies l’en prie d’un geste, il se lève et s’approche du haut tabouret qu’elle lui désigne, toujours sans se retourner, la tête toujours enfoncée dans le col de son blouson. Il s’arrête. Au théâtre on pourrait penser qu’il ménage le suspens. Mais je le crois mort de peur, prenant une grande inspiration avant de sauter. Enfin il se retourne.

Il est beau. Des yeux sombres avec des rides, un sourire feu follet.

Il retire son blouson, le pose maladroitement sur une table derrière lui, pleine de livres. Il jette des regards désordonnés vers nous, son public. Les deux lectrices font leur introduction, le bombardent de questions auxquelles il n’a pas le temps de répondre. Il le fait savoir avec tact, elles l’entendent enfin et tout le monde se détend. Une dame pose une question, qu’il semble préférer aux précédentes. Mais il reste nerveux, passant une main dans ses cheveux et s’arrêtant brusquement, parce qu’il a trouvé comment formuler une réponse juste. Il a de belles mains carrées, aux doigts courts. Des bras de manuel. Sa chemisette n’est pas repassée, le revers des manches est formel. Je l’imagine plutôt couper du bois devant une maison de rondins que taper à deux doigts sur une Olivetti.

Écrire est son métier, imposé un jour par une nécessité secrète. Il écrit le matin, quinze lignes par jour, pour faire exister des personnages nécessaires mais dont il ignore la fonction. Il est fasciné par la beauté et la cruauté dont l’homme est capable. Il ne parle pas des femmes, qu’il affirme pourtant être les personnages principaux de ses histoires. Il a jeté aux orties un roman écrit aux trois quarts, six mois de travail, parce qu’un père et son fils devaient y mourir de barbarie et qu’il n’a pu franchir cette limite. Quand le libraire fait remarquer que Péju l’a fait, il accueille la nouvelle sans un mot, hochant la tête longtemps. Il a souvent ce geste, ponctué de « oui, oui » impatients. Il semble alors être ailleurs, loin, mais où ?

Devant sa table de dédicace, plus tard, je lui assure qu’il s’est bien sorti de l’exercice, pour quelqu’un qui le fuit. Il me répond que les gens étaient gentils, ce soir. Presque incrédule. Comme l’enfant trouvant au matin le cadeau inaccessible, inlassablement contemplé dans une vitrine, et n’osant s’en approcher de peur qu’il ne disparaisse.

par JACOTTE publié dans : ECRIRE
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Vendredi 9 juin 2006

L’enfant dans la salle d’attente, seul, joue avec un téléphone portable. L’objet émet régulièrement un signal rappelant les appareils des vieux films américains, quand il gagne ou quand il perd, l’expression concentrée de son visage ne permet pas de le savoir. A la troisième sonnerie, il remarque mon regard un peu agacé. Je lui demande s’il peut couper le son, il répond que non, il ne peut pas. Mais il range le portable dans sa poche.

Sa mère arrive, assez agitée. Elle demande à l’enfant s’il n’a pas vu son portable, me salue sans me regarder, d’un ton pressé qui veut dire qu’elle m’a vue et qu’elle a de l’éducation mais que sa vie est tellement mouvementée. L’innocence même, l’enfant répond que non, demande s’il n’est pas dans son sac à main. La mère s’agace, tend le sac à l’enfant qui le fouille méthodiquement et le rend, bredouille. Puis il se frappe le front de la main et de l’autre sort le portable de sa poche, presque étonné de le trouver là. La mère le prend sans autre commentaire, visiblement soulagée.
Les psys, au boulot. Moi je sèche.

par JACOTTE publié dans : EXERCICES
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Jeudi 8 juin 2006

Ernestine n’aime pas la pêche.
Quand la barque de Jeannot se met à tanguer sous son poids, que ses gros bras inutiles s’agitent dans tous les sens et qu’il finit par tomber à l’eau en glapissant, elle ouvre grand ses yeux, puis sa bouche.
Mais elle ne crie pas. Elle plie lentement son tricot, ses revues, son fauteuil, range tout dans la voiture et file prévenir les pompiers.
Au commissaire qui l’interroge pour la forme le lendemain, elle ne parle pas du cri qui n’est pas sorti. Elle sait qu’il fait toute la différence.

par JACOTTE publié dans : NOUVELLES EN TROIS LIGNES
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Jeudi 1 juin 2006
Je sais, cela manquait cruellement à ce blog. Me voici donc, à quinze ans, avec ma meilleure copine. De quoi on parlait ? De la même chose que toutes les filles de quinze ans : des garçons ! Kierkegaard, Schopenhauer, Nietsche...
par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Jeudi 1 juin 2006
L'histoire qui s'écrit toute seule, qui ne l'a pas un jour envisagée, même fugitivement ? Et bien elle existe, je l'ai rencontrée. Je l'ai même commencée. Et elle continue, toute seule, en ce moment-même. Pour observer ce phénomène EXTREMEMENT RARE, SANS TRUCAGE, c'est ici. Vous m'en direz des nouvelles.
par JACOTTE publié dans : ECRIRE
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Lundi 29 mai 2006
Je suis entré dans la 4ème dimension ?
On a glissé vers un monde parallèle ?
Jean-Paul II a inventé la Stratocaster ?
Ma grande soeur a acheté HIGHWAY TO HELL !!!!!!!!!
Et avec son argent en plus !
Je ne peux que te féliciter chaudement, tu viens de prendre possession du meilleur de Bon Scott.
C'est tout simplement l'album le plus abouti des australiens énervés.
Que du bon, et d'après tes premiers commentaires les effets bénéfiques ont déjà commencé...
Un anti-dépresseur de 13cm même pas remboursé par la sécu, en plus.
 
Trève de bêtises, merci pour ta carte et si t'as une photo des 4 visages devant le nouvel album, j'suis preneur.

C'était la réponse du
petit frère à mon article Nostalgie
J'ai pas de photo. Mais j'y pense.

par JACOTTE publié dans : PLEIN LES OREILLES
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