Une tasse de café bouillant sur une table en fer blanc. Devant la table, un homme qui pleure. Devant l’homme, partout, la mer.
Il a mal dormi. Il ne dormira plus. Il pose ses mains autour de la tasse. Il se brûle mais cette douleur n’est rien. Elle éloigne un peu l’autre, comme le bruit de la mer tient à distance les battements de son cœur presque mort.
Et puis ses mains s’habituent, s’engourdissent à la chaleur apprivoisée. L’odeur du café lui parvient alors, forte, terreuse. Il retire ses sandales et gratte le sable frais de ses pieds nus. Elle avait souvent ce geste, le matin, devant la mer. Son cœur se serre au souvenir de ses ongles grenat. Pourquoi cette couleur sur des pieds ? se demande-t-il.
Il boit le café refroidi, fait la grimace, jette la tasse par terre. C’est joli, ces carreaux bleus et blancs dans le sable sombre.
Il se lève, s’étire, met ses mains dans les poches de son pantalon de toile légère. Il va peut-être aller jusqu’au phare. Il se dit que ce soir ou demain, son souvenir le plus fort de cette journée sera une tasse de café bouillant.
Les consignes d’un entraîneur de foot à ses joueurs juste avant les prolongations d’une finale européenne, entremêlées du récit de son histoire d’amour. En « ascète » du foot et du sentiment, il a poussé à l’extrême les grands principes qu’il croit seuls capables de mener à un jeu et à un amour « justes », au risque de tout perdre. Le style colle bien au monologue, longues phrases très peu ponctuées, vocabulaire recherché, répétitions régulières :
« Un jour l’un d’entre vous, il se reconnaîtra et je m’excuse auprès de lui de divulguer même anonymement cette anecdote, l’un d’entre vous m’a dit au téléphone que sa récente baisse de régime, à l’époque nous piétinions en milieu de classement, était à mettre sur le compte de soucis personnels, soucis personnels c’étaient ses termes, moi j’ai fait semblant de rien, j’ai dit tes chaussures te font mal ? tes crampons sont mal réglés ?, il a dit je veux parler de problèmes vraiment personnels, j’ai dit pour un joueur de football je ne vois rien de plus intime que ses chaussures, il a dit il s’agit de soucis familiaux pour tout vous dire, j’ai dit j’ignorais qu’il y eût un membre de ta famille dans l’équipe, il a dit qui a parlé de ça ? j’ai dit alors je ne vois pas de quoi tu me parles, je ne vois rien, je ne vois ni mère malade ni père brouillé ni épouse malaimante, je ne vois qu’un rectangle semé d’herbe, à peu près cent mètres de long et soixante-dix de large, compliqué de lignes droites ou courbes variablement nécessaires au jeu, flanqué de deux buts aux deux extrémités de sa longueur et à mi-largeur, le jeu a lieu ici, pas ailleurs, d’aucuns ont récemment osé une transhumance vers les plages mais ils ont des lunettes de soleil et ne voient pas juste et… » (extrait page 33)
Je l'ai acheté. Aujourd'hui. Moi. Il y a des jours où... ce n'est pas que je ne m'épouserais pas, c'est que si je m'étais déjà épousée, je ne serais pas sûre d'avoir fait le bon choix. Voilà, c'est ça. Je ne l'ai pas encore mis sur la platine. Je ne sais pas comment je vais gérer les quatre paires d'yeux incrédules, voire inquiets, braqués sur moi, quand je vais le faire. Déjà, le photographier au milieu de mes corbeilles d'argent, c'était limite. Je vais peut-être faire comme si j'avais mis Brassens ou Barbara. Y a pas de raison. Je ne vais tout de même pas attraper un balai et le casser sur la table. Si? Vous me conseillez ça? Franchement, je vous aime bien, mais je ne pense pas que je vous épouserais.
Les premiers jours d’un deuil, entre le moment où la narratrice apprend la mort de son compagnon et son enterrement. Ecrits dans la langue simple, sans détours, de Brigitte Giraud, que d’aucuns qualifient de sèche, impersonnelle, mais dont l’émotion est pourtant présente à chaque page. C’est tellement bien écrit qu’on voudrait que ce ne soit pas vrai, malgré l’évidence de l’autobiographie (dédicace de Nico, un roman lui aussi signé de l’auteure). Extrait, page 42 :
« On est le plus souvent surpris que je rappelle, un peu gêné. Un courrier aurait fait l’affaire. La voix à l’autre bout n’est parfois rien d’autre qu’une voix – pas de visage, pas de décor. Le plus souvent, le timbre est grave, de circonstance, alors que ma voix n’est pas du tout dans le ton, je le sens bien. Ma voix est extérieure à moi, elle se fraie un chemin sans détour, elle énonce les faits, elle dit la stupeur, la violence de l’événement, sans lamentations. Ma voix contrôle ce que je ne contrôle plus, elle est sereine, sage, ne veut pas inquiéter. Je la déteste. »
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