Lundi 22 mai 2006 1 22 05 2006 11:15

Aujourd’hui mon petit frère a trente-neuf ans. Il ne fait plus danser sa souris verte appelée Soyo et il y a bien longtemps que nous ne nous sommes assis au coin d’une pelouse pour critiquer d’un ton pénétré tous les voisins passant par là. Je crois qu’il écoute encore Bon Scott en faisant les crêpes le dimanche soir mais je n’en suis pas sûre. Il parle de certification environnementale et de productivité avec une bonne copine à moi et il a un Palm sur lequel sa fille lui dédicace des princesses en robe de mariée. Il a des responsabilités professionnelles qui semblent parfois lui peser mais dont il garde l’essentiel pour lui. Il n’aime pas la psychologie et les intellectuels, il appelle ça enc.. les mouches. Il n’a pas toujours un vocabulaire très châtié. Mais c’est un être délicieux, drôle, prévenant et secret. Je lui souhaite un très bon anniversaire. D’ailleurs, si vous voulez chanter avec moi, je crois que Fanchon lui ferait plaisir. Ou Highway to hell, comme vous préférez. Il est éclectique, aussi.

Par JACOTTE - Publié dans : NEZ AU VENT
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Dimanche 21 mai 2006 7 21 05 2006 11:20
Doubler des couples à pied sous des parapluies, se dire qu'ils vont au même spectacle. Marcher dans l'herbe à l'entrée du chapiteau. Reconnaître le technicien en noir à l'entrée, chercher où on l'a déjà vu pendant qu'il déchire nos billets. Croiser deux messieurs à très longue barbe grise, discutant au bas des gradins, se demander s'ils sont acteurs ou spectateurs. Chercher des visages connus parmi la foule déjà assise, n'en pas trouver et s'en étonner. Choisir sa place et se dire qu'on a bien fait d'arriver tôt. Observer les sacs et les coffres sur la scène, suivre les pas d'un comédien en chemise de satin ouverte, son pantalon assorti sur le bras, nez au vent. Faire passer un billet doux envoyé de l'autre bout du rang par un acteur lunaire, entièrement vêtu de carreaux, à une Madeleine Béjard en châle rapiécé. Sursauter à l'apparition d'une vieille dame qui chante avec le disque et qui fait la manche devant le premier rang, suivie d'un guitariste à lunettes, chapeau et cape sombres. Réaliser que ce n'est pas un disque mais sa voix, bien plus jeune que ses cheveux. Se laisser emporter, à l'extinction des lumières, par l'émoi du Pierrot à carreaux et la rudesse de son serviteur. Concevoir une tendresse immédiate et inconditionnelle pour le Scapin qui déboule, magnifique en ses tempes argentées, son costume blanchi de rock-star et son verbe impeccable, sûr, vainqueur. Rire, sourire, serrer la petite sur ses genoux quand elle pourrait avoir peur, courber l'échine avec le prétentieux bastonné. Taper des mains, des pieds, remercier ces gens pour l'énergie, la joie offertes. Espérer qu'ils aiment particulièrement le public de ce soir. S'émerveiller encore que des humains écrivent, jouent et entendent des histoires et encore des histoires, juste pour le plaisir.
Par JACOTTE - Publié dans : PLEIN LES OREILLES
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Mercredi 17 mai 2006 3 17 05 2006 15:06

Il dit :
- Vous savez comment elle s'appelle ?
Il parle d'une jeune femme
imaginaire, occidentale attirée par le Moyen-Orient. Je réponds spontanément, sans réfléchir:
- Leïla.
Il suit son idée :
- Elle s'appelle Leïla, parce que ça veut dire "tombée du jour".
Je l'ignorais. Tout le monde trouve ça normal.

Moralité : l'inconscient apprend les langues étrangères à l'insu du conscient. Normal, c'est l'inconscient.
Moralité 2 : après trois heures d'atelier d'écriture avec Maître Renard, personne ne s'étonne des miracles de l'inconscient.

Par JACOTTE - Publié dans : ECRIRE
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Mercredi 17 mai 2006 3 17 05 2006 14:26

Pendant que vous arrêtez l’aviron, les bateaux s’allongent, le lac se creuse de vagues nouvelles et vos fessiers s’affaissent. Le souvenir de votre retournement au large, l’été dernier, a pris toute la place. Votre bras a raccourci, il n’atteint plus la dame de nage opposée au ponton, qui pour sa part a perdu toute sa bonne volonté à vous retenir.

Mais la glisse du bateau, le clapotis dans votre dos font bientôt naître en vous un sentiment familier. Il est tel que vous vous arrêtez, pelles à plat, visage au soleil, une main dans l’eau fraîche, yeux clos. A vos oreilles complaisantes parviennent encore un très léger clapotis, un gloussement de poule d’eau, un lointain grondement de tondeuse. Et rien d’autre. Si. Une autre tondeuse. Qui se rapproche.
C’est le prof, sur le bateau à moteur. Il trouve que vous ne vous penchez pas assez en arrière, quand vous ramez. Vous objectez que cela vous fait mal au dos. Il vous rappelle alors toute l’utilité de votre ceinture abdominale en pareil cas.
Voilà, arrêter l’aviron, ça sert à faire valider par un professionnel ressemblant au Commandant Cousteau que vous avez une ceinture abdominale. Et aussi à féliciter les chevaliers-paysans de l’an mil de s’être installés au bord du lac de Paladru.

Par JACOTTE - Publié dans : PHILOSOPHIE
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Lundi 15 mai 2006 1 15 05 2006 13:07
Le blog c'est comme l'aviron : faudrait pas s'arrêter.
Par JACOTTE - Publié dans : PHILOSOPHIE
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Vendredi 28 avril 2006 5 28 04 2006 20:53
Il y a deux catégories de bricoleurs : les bricoleurs-nés et les futurs-ex-bricoleurs. Les premiers achètent toujours la bonne quantité du bon matériau, disposent des outils nécessaires à leur mise en oeuvre et obtiennent le plus souvent des résultats conformes à leurs objectifs. Les regarder faire donne aux seconds une fallacieuse impression de facilité. Pleins d'illusions en grande partie nourries par l'observation des premiers, les seconds iraient donc de déconvenue en déconvenue, si les fabricants de matériaux n'y mettaient bon ordre. Il est évident que pour des raisons de marketing, seule la première catégorie intéresse les fabricants de matériaux. Ils ont donc mis au point un sytème de sélection tout simple : la sélection par l'emballage. D'aucuns prétendent que le plus long dans le bricolage, c'est le rangement et le nettoyage. C'est vrai pour les bricoleurs-nés : ils ont beau être doués, on ne voit pas pourquoi ils échapperaient à cette  règle physique. Mais pour les autres, le plus long, c'est l'ouverture de la boîte. Alors qu'il y figure une quantité invraisemblable d'informations plus ou moins utiles, telles que les innombrables applications et qualités du produit, la gamme de coloris dans laquelle il se décline, les conseils indispensables à une utilisation correcte (une fois la boîte ouverte), les dangers auxquels on s'expose dans le cas contraire, la procédure d'ouverture de la boîte est irrémédiablement absente. Il m'est arrivé d'y passer l'après-midi. Je compte évidemment l'aller-retour au CHR pour recoudre le malheureux doigt attaqué par le couteau qui, pas si bête, avait vite identifié l'adversaire le plus facile. Le plus énervant, c'est qu'au train où le couvercle se soulève (environ un quart de millimètre par heure), le résultat n'est pas visible à l'oeil nu. Le seul moyen d'apprécier la progression de l'ouverture, c'est d'appuyer sur le couvercle. Et là, de deux choses l'une : soit il ne bouge pas plus dans ce sens que dans l'autre, ce qui signifie qu'on en est toujours au point de départ ; on parle alors de sélection par découragement ; soit il coulisse sans problème sur la boîte pour reprendre sa position initiale, ce qui signifie qu'on est revenu au point de départ. Fort de de cette validation de la technique utilisée, le presque ex-bricoleur, plein d'espoir, se remet alors à l'ouvrage avec enthousiasme. Jusqu'à ce que la lame ripe. On parle alors de sélection par  atteinte à l'intégrité physique. Evidemment, aucun fabricant de matériaux n'a jamais admis l'existence de cette sélection.
Par JACOTTE - Publié dans : BOULETTES
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Vendredi 28 avril 2006 5 28 04 2006 09:29
Le spectacle que je préfère à la fête foraine, c'est celui que donnent les visages des enfants que j'accompagne. Leur stupeur devant les attractions où ils n'iraient pour rien au monde et où pourtant de plus grands s'amusent comme des fous, leur joie explosive, sans limite, sur les bolides qui les emportent toujours au même endroit, celui où les attend un sourire connu, leurs cernes qui s'allongent avec l'ombre de l'après-midi et qui disent qu'il faut fuir cette foire sans pitié pour leurs nerfs. Leur fierté dans le bus, les bras pleins de trophées d'un goût exquis. Leur joie qui renaît à la vue d'un square où on pourrait se reposer, manger une glace avec les pigeons, libérer les sirènes et les bijoux précieux de leurs emballages.
C'est là qu'est le clou de la sortie : une glace à la pistache, place Victor Hugo, au soleil d'avril, bercée par l'histoire de la sirène qui ne sait quelle robe choisir pour le bal des crapauds, en face de deux vieilles dames qui n'en perdent pas une miette et dont les émotions n'ont rien à envier à celles des enfants. Avec un train à prendre dans une demi-heure ou une heure. Disons, au prochain nuage.
Par JACOTTE - Publié dans : NEZ AU VENT
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Mercredi 26 avril 2006 3 26 04 2006 14:33
Casserole d’eau, sel, trois gouttes d’huile d’olive.
Faire chauffer l’eau, sortir un paquet de coquillettes.
En attendant que l’eau bouille, chanter « J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… » en claquant des doigts et en pointant alternativement pied droit et pied gauche.
Sourire imperceptiblement de l’air mi-inquiet, mi-incrédule de l’enfant qui passe par là. Lui couper une tranche de pain pour tromper sa faim et lui assurer que les coquillettes sont meilleures si on a chanté « J’ai la mémoire qui flanche » dans la cuisine.
Quand l’eau bout, à la fin du troisième couplet, suivre scrupuleusement les indications de l’emballage de coquillettes.
Déguster les coquillettes, qui auront un petit goût de pomme et de fenouil.
Par JACOTTE - Publié dans : RECETTES
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Jeudi 20 avril 2006 4 20 04 2006 17:51

Je dors rarement dans mon lit, la nuit du mardi au mercredi.

Je quitte vers vingt-deux heures, parfois plus tard, une maison découverte quelques heures auparavant, de jour, à l’aide d’un plan plus ou moins précis rédigé par une personne ignorant tout de mon incompétence géographique. Ce qui était à droite à l’aller se trouve alors à gauche, les montées sont devenues des descentes, les portails verts ont perdu toute couleur et les aimables autochtones ne renseignent plus personne. Dès la première erreur je perds le nord et le sud et me mets à errer dans la campagne endormie. A bout de patience et les paupières brûlantes, je finis par m’arrêter au bord d’un champ pour beugler mon impuissance à des vaches indifférentes et pleurer longuement la douceur du foyer inaccessible.

J’attends l’aube. Elle seule me révélera le virage, le clocher bien présents dans ma mémoire diurne. Je sourirai de mon incompréhensible égarement, remettrai le contact et rentrerai chez moi. Je me glisserai dans mon lit, où mon mari marmonnera « t’étais où ? ». Je répondrai que je ne sais pas et cela lui suffira. Il n’est pas jaloux.

Par JACOTTE - Publié dans : BOULETTES
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Lundi 17 avril 2006 1 17 04 2006 22:46
Comme les vacances sont encore loin mais que le besoin d'iode se fait pressant, il a renversé du sel fin dans la cuisine. Sous les pieds nus, ça ne fait pas tout à fait comme le sable, mais ça y ressemble. Pour les mouettes, on a lu un Gaston Lagaffe.
Par JACOTTE - Publié dans : NEZ AU VENT
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