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BOUQUINS

Vendredi 1 juin 2007 5 01 /06 /2007 22:05
Tout y est. Le personnage principal, l’élément perturbateur, l’assurance de l’auteur qui sait où il va, le narrateur docile. Jusqu’aux noms qui sonnent trop vrai pour avoir été inventés.
Et cette voix. Une voix banale, masculine sans excès, un peu voilée. Qui prend son temps pour lire des phrases achevées, dont elle a peut-être égrené des fragments dans le bureau où s’élaborait le livre.
Ma première rencontre avec Péju est marquée par un interminable écho, celui que produisent une histoire, des mots incontestables et la voix qui les lit.
Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Jeudi 24 mai 2007 4 24 /05 /2007 21:35
Deux hommes veulent partir. Ils mettent deux heures à se trouver au même moment au même endroit, cassent leur parapluie, oublient leur sac, perdent leur vélo, retournent chez une copine qui répare les parapluies et commentent abondamment toutes ces péripéties.
Quand ils parviennent à partir, c’est pour un sinistre voyage. Métaphore de notre triste condition, de nos vaines gesticulations, de la convergence de tous nos efforts vers l’épuisement et le néant.
Et puis soudain, au détour d’une page, cette phrase : « Ce qui donne, don précieux entre tous, de la vraisemblance à cette façon de voir, c’est qu’à peu de temps de là ... »
Qui d’entre vous avait remarqué la présence du verbe donner dans cette expression tristement mathématique ?
Heureusement, le vieux Beckett veille…

Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Lundi 5 février 2007 1 05 /02 /2007 21:12
La quatrième de couverture nous explique que « Thomas Lélu joue avec les ficelles du roman pour rire de l’absurdité du monde et emporter le lecteur par sa drôlerie irrésistible. »
Je ne sais pas avec quoi il joue mais j’aimerais bien écrire n’importe quoi sur cent cinquante pages sans lasser personne. Je vous recommande tout particulièrement la page 124 :

« Nous nous retrouvons dans un studio avec un fond bleu et des projecteurs partout. Arno installe une caméra DV et place notre acteur principal qui s’appelle Boris sous les spots. L’interview peut alors commencer.
- Prénom ?
- Boris.
- Russe ?
- Non, Chinois.
- Boris, c’est pas chinois.
- Si, je suis né à Pékin.
- Tu sors avec Demis Roussos ?
- Oui, de temps en temps.
- Aimes-tu faire la fête ?
- Oui, j’aime faire la fête.
- Ne sois pas insolent, Boris. Peux-tu nous parler de la Grèce et de ses coutumes, tu seras gentil.
- Et bien, Demis a mangé le cul d’une chèvre en 52 à Auchan puis, après avoir posé pour Playboy, il s’est rendu compte que la racine carrée d’un sac à main était inférieure à la diagonale d’une nouille. Il en a conclu qu’il devait ouvrir une boutique de souvenirs pour aveugles. »

Il paraît qu'il a aussi écrit un Manuel de la photo ratée. Je me le garde pour le mois prochain.

Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /2007 11:30
C’est le premier Angot que je lis. C’est l’homme qu’elle quitte qui l’écrit, par une lettre (plusieurs ?) où il commente son manuscrit et lui redit son amour inconditionnel, la perte qu’elle représente pour lui. On pense (encore) à l’amour de Bobin pour sa Ghislaine.
Evidemment on se demande de quoi était fait ce manuscrit avant les commentaires de l’homme quitté. C’est ce qui m’a plu. Le côté « écrivain incompris de certains critiques, surtout positifs » est un peu agaçant mais à peine.
Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Samedi 17 juin 2006 6 17 /06 /2006 09:02
Je ne me rends plus nulle part sans mon calepin et un de ces bouquins à couverture blanche. Je lis à table, dans la cuisine, partout où je trouve dix minutes. Je prends des notes. Je prends aussi un air patient et concentré lorsqu'on m'interrompt.
Je lis des livres qui ne sont pas encore parus. Je vais en lire quinze dans les trois mois qui viennent.
Je suis membre du Comité de lecture 2006 de la Librairie Nouvelle.
Je biche.
Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Mercredi 24 mai 2006 3 24 /05 /2006 17:42

Les consignes d’un entraîneur de foot à ses joueurs juste avant les prolongations d’une finale européenne, entremêlées du récit de son histoire d’amour. En « ascète » du foot et du sentiment, il a poussé à l’extrême les grands principes qu’il croit seuls capables de mener à un jeu et à un amour « justes », au risque de tout perdre. Le style colle bien au monologue, longues phrases très peu ponctuées, vocabulaire recherché, répétitions régulières :

« Un jour l’un d’entre vous, il se reconnaîtra et je m’excuse auprès de lui de divulguer même anonymement cette anecdote, l’un d’entre vous m’a dit au téléphone que sa récente baisse de régime, à l’époque nous piétinions en milieu de classement, était à mettre sur le compte de soucis personnels, soucis personnels c’étaient ses termes, moi j’ai fait semblant de rien, j’ai dit tes chaussures te font mal ? tes crampons sont mal réglés ?, il a dit je veux parler de problèmes vraiment personnels, j’ai dit pour un joueur de football je ne vois rien de plus intime que ses chaussures, il a dit il s’agit de soucis familiaux pour tout vous dire, j’ai dit j’ignorais qu’il y eût un membre de ta famille dans l’équipe, il a dit qui a parlé de ça ? j’ai dit alors je ne vois pas de quoi tu me parles, je ne vois rien, je ne vois ni mère malade ni père brouillé ni épouse malaimante, je ne vois qu’un rectangle semé d’herbe, à peu près cent mètres de long et soixante-dix de large, compliqué de lignes droites ou courbes variablement nécessaires au jeu, flanqué de deux buts aux deux extrémités de sa longueur et à mi-largeur, le jeu a lieu ici, pas ailleurs, d’aucuns ont récemment osé une transhumance vers les plages mais ils ont des lunettes de soleil et ne voient pas juste et… » (extrait page 33)

Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Mardi 23 mai 2006 2 23 /05 /2006 08:27

Les premiers jours d’un deuil, entre le moment où la narratrice apprend la mort de son compagnon et son enterrement. Ecrits dans la langue simple, sans détours, de Brigitte Giraud, que d’aucuns qualifient de sèche, impersonnelle, mais dont l’émotion est pourtant présente à chaque page. C’est tellement bien écrit qu’on voudrait que ce ne soit pas vrai, malgré l’évidence de l’autobiographie (dédicace de Nico, un roman lui aussi signé de l’auteure). Extrait, page 42 :

« On est le plus souvent surpris que je rappelle, un peu gêné. Un courrier aurait fait l’affaire. La voix à l’autre bout n’est parfois rien d’autre qu’une voix – pas de visage, pas de décor. Le plus souvent, le timbre est grave, de circonstance, alors que ma voix n’est pas du tout dans le ton, je le sens bien. Ma voix est extérieure à moi, elle se fraie un chemin sans détour, elle énonce les faits, elle dit la stupeur, la violence de l’événement, sans lamentations. Ma voix contrôle ce que je ne contrôle plus, elle est sereine, sage, ne veut pas inquiéter. Je la déteste. »
Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /2006 10:10
Vous recevez un matin un manuscrit anonyme, qui raconte précisément votre vie des cinq ou dix dernières années, jusqu'au moment où vous lisez le manuscrit. Je me suis jetée dès le quai de la gare sur ce livre  acheté au vol dans une librairie (j'ai failli dire pâtisserie !) de Chambéry, constamment tiraillée entre l'urgence de savoir comment l'auteure allait se sortir de ce scénario-défi et la peur de passer à côté d'un indice essentiel, innocemment laché entre deux lignes. Curiosité : Catherine Cusset a écrit ce roman comme une Américaine (tous ces seconds semestres à Devayne, tous ces universitaires terriblement anxieux et désolés d'appeler si tard, mais qui ont si désespérement besoin de parler à une oreille amie, de préférence du sexe opposé!).  Oui, je  le prête.
Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Mardi 14 février 2006 2 14 /02 /2006 22:44
Fatiguée. Très fatiguée. De la fatique qui exige le bain, sans musique mais avec lecture. Bobin. Huile essentielle de lavande, arrivée par l'express de 20 heures. Je lis jusqu'à l'avant-dernier chapitre. Après l'eau est trop froide, même pour la Plus que vive. Je déguste. Bercée, au sens amniotique du terme. Transpercée par une phrase : "Les liens que nous nouons dès la naissance, dès la première brûlure de l'âme au feu du souffle, ces liens sont immédiatement difficiles, inextricables, déchirants." J'ajoute trois gouttes au bain de lavande. Je pose le livre. La baignoire est deux fois plus petite que d'habitude.
Par JACOTTE - Publié dans : BOUQUINS
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Mardi 24 janvier 2006 2 24 /01 /2006 22:24
J’ai connu une Anne Buisson, autrefois. Quelques années après la photo, là-haut. Quand j’ai vu son nom sur une couverture, j’ai eu un petit choc. Se pourrait-il que la petite fille que j’ai connue dans ses langes ou presque soit publiée aujourd’hui, juste sous mes yeux ? J’ai feuilleté le livre, rapidement, l’esprit trop occupé par ces souvenirs, et l’ai reposé. Puis je l’ai repris. Je l’ai goûté, ce livre dont je connais peut-être l’auteur. Cette serveuse de cafétéria m’a fait penser à Mafalda, une Mafalda presque adulte, un peu fatiguée et avec encore moins d’illusions : « Un steak bleu comme vos yeux, s’il vous plaît, m’a demandé un client. J’ai fait cuire son steak et en lui montrant l’assiette, je lui ai demandé s’il trouvait que le steak en question avait réellement la couleur de mes yeux ».

Cette Anne Buisson est née à Clermont-Ferrand et travaille à Paris dans une revue scientifique. Pourquoi pas. Il n’y a pas de photo. Je ne me souviens ni de sa ville de naissance ni des projets professionnels qu’elle nourrissait à six ans. Elle s’asseyait sur le canapé et faisait semblant de lire une BD pendant que nous terminions notre petit déjeuner. Elle avait un très joli sourire et sentait très fort le Carbonyl.

Par JACQUOT Nathalie - Publié dans : BOUQUINS
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