Samedi 14 juin 2008
Elle est seule dans sa voiture. Vous en êtes sûr, ça fait assez longtemps que vous la suivez.
A intervalles réguliers, elle secoue la tête de droite à gauche, comme si elle disait non.
Mais à qui ?
Elle vient d'acheter des boucles d'oreilles, chaînettes auxquelles s'accrochent de petits cailloux, des boutons de nacre et des cachous. Quand elle dit non, ça cliquète. Alors elle dit non.
par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Mardi 30 octobre 2007
Au numéro 20 de la rue de Sault, il y a une porte vitrée, avec une poignée à l’ancienne. Derrière la porte se trouve une salle pleine de chaises et de gens assis sur les chaises, qui me tournent le dos. Il y a même deux jeunes filles debout, appuyées contre la porte, avec des blocs-notes. Et tout au fond de la salle, derrière une grande table, face à tout ce monde, il y a Philippe Claudel, qui lit. J’étais venue pour voir la tête, entendre la voix de celui qui a écrit Meuse l’oubli. La dame au téléphone m’avait conseillé d’arriver un peu en avance. J’ai trente minutes de retard. Si je veux entrer, il faudra que je pousse les deux jeunes filles, que je me faufile dans un coin où elles se gênent déjà à deux. Alors que je pourrais acheter Elle et aller manger une omelette au Sporting. Arrosée d’un verre de Côtes du Rhône. En dressant mon couvert, le garçon lirait à voix haute « 80 coups de coeur mode à prix mini » sur la couverture de mon magazine, que je proposerais de lui mettre de côté si ça l’intéresse. Je finirais mon omelette, baveuse à souhait, juste à temps pour aller voir la belle Vera Farmiga tricoter un pull rouge sur une plage d’Amérique ou de Corée.
Et je lirais Le rapport de Brodeck. Plus tard. En imaginant la tête de Claudel en train de l’écrire.
Quelqu'un peut-il me le prêter ?

par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Jeudi 18 octobre 2007

Rien ne me ravit plus qu’un mot rare perdu dans une phrase banale, lâché par un orateur désinvolte, inconscient du prix du cadeau.
Je fus récemment gratifiée d’un « nyctalope » impérial, entre gigot et fromage. Je le savourais encore sur un chemin de feuilles mortes, hérissé de châtaignes, lorsque son auteur poussa l’élégance jusqu’à nommer doctement, pour une assistance enfantine médusée, la « cupule » coiffant le gland tombé à terre.
Cupule et nyctalope, c’était presque trop pour un dimanche.
Que dire alors du « molaquer* » inventé par une collègue en grande forme, pour les seuls besoins d’une potache et phonétique récréation ?
Qu’il y a privilège à vous connaître, rien que pour ces mots-là.
Merci Marie, merci Philippe.

 

* « Terre ! molaque-t-il (en apercevant une côte après trente jours de navigation à la dérive). »

 

P.S. Désolée pour la première version un peu bousculée de la citation, rectifiée maintenant. Un peu de respect pour les grands textes ne nuit pas.

par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Mardi 16 octobre 2007
Elle a commencé par la plante de mes pieds, durcie par l’été et décontenancée par cette douceur inaccoutumée. Solidaires, mes mollets et mes cuisses en ont oublié de se concentrer sur leurs propres sensations.
Elle s’est ensuite occupée de mon dos, de mes épaules, de mes bras. Elle m’a demandé de me retourner, j’ai obéi avec une lourdeur paresseuse. Et elle a recommencé, depuis les pieds.
Elle avait vingt-cinq ans à tout casser, une voix et des gestes très doux et une compréhension infinie pour les excès et les résignations de mon corps de quarante-trois. Sous ses doigts, j’en ai eu quatre-vingt, ou quatorze.
Et lorsqu'elle a pris mes doigts un par un, les étirant et les pinçant doucement
, j’ai eu six mois.
Le moyen de se lever, de reprendre sa serviette, de remonter l’escalier pour se rhabiller et rentrer chez soi, quand on a six mois, plus une seule tension dans les muscles et de l’huile à la rose sur tout le corps ?
Elle a dû appeler les pompiers.

par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Lundi 15 octobre 2007
Le soleil a déchiré la brume à Saint Blaise à 8 heures 43 précises.
J'y étais.
J'ai retiré les petits bouts de brume qui pendouillaient à son menton et je lui ai fait un bisou sur la bouche.
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Mardi 24 avril 2007
Je longe un champ. Au bord du champ, sur le chemin, un tracteur arrêté. A côté du tracteur, un homme penché sur une tâche indéterminée. Je n'ai que le temps d'entendre le son d'une tronçonneuse en pleine puberté. Ou d'un veau prenant conscience, sans préparation, de la cruauté de la vie.
Réflexion faite - dans le rétroviseur - c'était un âne, dont les oreilles pointent dans des directions opposées, signe d'un immense désarroi.
L'homme devait lui lire le programme de Sarko.
par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Mardi 17 avril 2007
Sur trente kilomètres, je n'ai dit que trois fois "oh putain" en fermant les yeux.
J'ai admiré les lumières de Saint Etienne de Saint Geoirs et j'ai goûté l'odeur du lisier dans les champs de la plaine de Bièvre.
J'avais bu deux Saint Thomas et dégusté le Non Solum de Sergi Lopez, au théâtre Jean Vilar de Bourgoin.
par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Lundi 16 avril 2007

J’ai la trouille dans les virages. Surtout les extérieurs.
Mon casque sent le moisi.
J’ai mal au cul.
Je sens plus ma jambe gauche.
Sûr que j’ai une lésion irréversible au nerf sciatique.
Mais cette impression d’être de l’expédition Apollo à chaque fois que je remets ce casque qui sent le moisi…

par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Vendredi 10 novembre 2006

La dame derrière moi pose deux dînettes et des légumes en plastique sur la caisse.

D’humeur badine, je lui décoche un « Merci beaucoup, fallait pas ! ».

J’ai l’air de plaisanter mais l’espace d’un instant, d’un tout petit instant, ils ont vraiment été pour moi, ces jouets.

Je félicite la dame pour la sagesse dont elle fait preuve en achetant dès novembre ses cadeaux de Noël. Je lui promets même, à elle qui n'a rien demandé, d’en faire autant, pour une fois, de m’épargner la panique du 22 décembre. Mais je sais bien que je n’en ferai rien.

Noël, c’est des yeux qui brillent devant des paquets. En novembre, ça le fait pas.

par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Lundi 6 novembre 2006


D'accord, James a gagné le concours, il a surtout eu le mérite d'y participer...
Mon ami Arthur (le pompier) et moi n'avons pas eu le coeur de décourager nos concurrents avec cette courge de 5,93 m de haut.
Vous ne me croyez pas.
La photo suivante donne l'échelle avec un building de 10 étages:




Alors, James ? J'invite ton prof de français ?
par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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