Moi je sais qu'on est en hiver quand je ne peux plus m'arrêter de mettre du fromage dans la béchamel pour les crêpes fourrées.
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Le 4x4 marque une hésitation mais s’engage sur ma droite. Je ralentis, incrédule. Il ne va quand même pas… Si. Il a. Je klaxonne. Il pile. Moi aussi, obligée. Il n’ouvre pas sa portière tout de suite. Il ne sait plus où il a mis sa batte, peut-être. Il se décide, pose un pied par terre et me fait face, le majeur provocant. Je lis sur ses lèvres « priorité à droite ». Je suis sûre de moi, j’ai vu les pointillés en me poussant sur son passage forcé. Je réponds « cédez le passage » en articulant bien et en tentant de maîtriser la colère qui monte, depuis ce doigt pointé. Il répète « priorité à droite », je répète « cédez le passage ». Et il repart. Je regrette de n’être pas sortie moi aussi, pour l’inviter à vérifier avec moi. Tant pis, je le ferai au retour, sans partager ma victoire.
Au retour, les pointillés se révèlent extrémités du passage piétons, séparées du reste par une cassure de la pente.
J’ai savouré mon aplomb dans l’erreur à petites gorgées comme un verre de Loupiac. A la santé des automobilistes priautoritaires.
Je dors rarement dans mon lit, la nuit du mardi au mercredi.
Je quitte vers vingt-deux heures, parfois plus tard, une maison découverte quelques heures auparavant, de jour, à l’aide d’un plan plus ou moins précis rédigé par une personne ignorant tout de mon incompétence géographique. Ce qui était à droite à l’aller se trouve alors à gauche, les montées sont devenues des descentes, les portails verts ont perdu toute couleur et les aimables autochtones ne renseignent plus personne. Dès la première erreur je perds le nord et le sud et me mets à errer dans la campagne endormie. A bout de patience et les paupières brûlantes, je finis par m’arrêter au bord d’un champ pour beugler mon impuissance à des vaches indifférentes et pleurer longuement la douceur du foyer inaccessible.
J’attends l’aube. Elle seule me révélera le virage, le clocher bien présents dans ma mémoire diurne. Je sourirai de mon incompréhensible égarement, remettrai le contact et rentrerai chez moi. Je me glisserai dans mon lit, où mon mari marmonnera « t’étais où ? ». Je répondrai que je ne sais pas et cela lui suffira. Il n’est pas jaloux.

Dans le langage des fleurs, le pinceau ébouriffé signifie "rébellion".
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