Dimanche 18 juin 2006

Le jour où la lettre arriva, il la contempla quelques instants, la tenant bien à plat de ses deux mains. Puis il me regarda, moi, sans rien dire, sa question dans les yeux. Tentant d’y répondre seul. Il posa la lettre, sans l’ouvrir, sur la table. Et il partit travailler. Quand il rentra le soir, la lettre était toujours sur la table. Il n’en parla pas du tout. Je crois qu’il ne la regarda plus.

Il ne voulait pas savoir si je repartirais, ni pourquoi, ni où, ni avec ou sans qui. Si je regrettais, si je lui en voulais, si j’avais envisagé toutes les autres possibilités. Il me voyait là, avec mon plâtre et cette lettre sur la table, portant mon écriture. Il n’y croyait pas. On ne part pas avec une jambe plâtrée. On n’est pas renversée en bas de son immeuble, avec sa petite valise, quand on veut vraiment partir. On n’envoie pas une lettre à son mari par la poste. On n’explique pas. Quand on veut vraiment partir, on part.

Un beau matin, on se rend à l’hôpital en taxi. On en ressort sans plâtre, avec une ordonnance pour la rééducation et quelques noms de kinés spécialisés. On garde l’ordonnance et on jette les noms. Il y en a aussi à Digne ou à Tarbes, des kinés spécialisés.

par JACOTTE publié dans : Coïtus Impromptus
ajouter un commentaire commentaires (8)    créer un trackback recommander
Dimanche 28 mai 2006
Ca y est : j'ai sévi sur Coïtus Impromptus ! Fallait que ça commence et ça finisse par "un verre de cervoise tiède". Euh, non. Par "un bol de camomille empoisonnée". Non, spa ça non plus. Ah, oui : "deux doigts de Porto blanc légérement madérisé". Non. Je sais plus. Voyez vous-mêmes.


Une tasse de café bouillant sur une table en fer blanc. Devant la table, un homme qui pleure. Devant l’homme, partout, la mer.
Il a mal dormi. Il ne dormira plus. Il pose ses mains autour de la tasse. Il se brûle mais cette douleur n’est rien. Elle éloigne un peu l’autre, comme le bruit de la mer tient à distance les battements de son cœur presque mort.
Et puis ses mains s’habituent, s’engourdissent à la chaleur apprivoisée. L’odeur du café lui parvient alors, forte, terreuse. Il retire ses sandales et gratte le sable frais de ses pieds nus. Elle avait souvent ce geste, le matin, devant la mer. Son cœur se serre au souvenir de ses ongles grenat. Pourquoi cette couleur sur des pieds ? se demande-t-il.
Il boit le café refroidi, fait la grimace, jette la tasse par terre. C’est joli, ces carreaux bleus et blancs dans le sable sombre.
Il se lève, s’étire, met ses mains dans les poches de son pantalon de toile légère. Il va peut-être aller jusqu’au phare. Il se dit que ce soir ou demain, son souvenir le plus fort de cette journée sera une tasse de café bouillant.

par JACOTTE publié dans : Coïtus Impromptus
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
 
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus