- Il est où, Franck Legrand ?
Elle est plantée devant la colonne de CD, elle veut écouter de la musique en prenant son bain.
Elle a sept ans. Elle aime De Palmas, Nuage de Swing, Barbara, Linkin Park et Franck Legrand.
Elle ne sait pas que ce Franck-là était une figure incontournable des feux-de-bois-canettes de la grande époque. Un pote de bringue de son tonton, qui l’appelait le Gros avec des trémolos dans la
voix, surtout à cinq heures du matin après le concours de Pelforth fraise.
Elle s’en fout. Elle a juste envie d’écouter « Y a pas de hasard » dans son bain.
J’avais juste envie que Franck le sache.
Dimanche 16 décembre 2007
D’accord, c’est un peu fouillis. Un peu réservé aux dylanodoctes, comme l’a écrit Pierre Murat. D’accord, la tignasse de Cate évoque plutôt Marie-Paule Belle que Robert Zimmermann.
Mais il y a cette perplexité qui ne se dissipe jamais, à suivre sans bien les comprendre les aventures d’un petit garçon prénommé Woody (Woody Guthrie était-il noir ?), d’un Tony ou Franck Quelque Chose, folk star un peu ringarde aux faux airs de Chris Isaak, ou d’une Julianne Moore qui a tout de Joan Baez, sauf le nom.
Perplexité qui devient trouble à l’apparition de Cate Blanchett : joues creuses, regard fiévreux, moues dégoûtées, dos de moineau et mouvements mâles où traîne une féminité qu’on a du mal à croire feinte. Cate en Bob au piano : les mêmes mouvements de tête scandant les mots poil à gratter du protest singer, un soupçon de grâce en plus.
Le trouble grandit avec la performance vocale : les intonations caractéristiques, ces phrases qui montent et redescendent au gré des mises au point du bonhomme, c’est déjà fort. Mais le timbre lui-même y est. Ou alors on veut le croire. Parce qu’on est plus que séduite, scotchée par ce regard qu’on prend en pleine figure, du fond d’une limousine, qui dit toute la roublardise, l’art de la séduction et de l’esquive du personnage. Un regard qui dit à lui seul qu’on a bien fait de venir. Et qui nous suit lorsqu’on remet Blonde on blonde sur la platine, à peine arrivée à la maison.
Rien ne me ravit plus qu’un mot rare perdu dans une phrase banale, lâché par un orateur désinvolte, inconscient du prix du cadeau.
Je fus récemment gratifiée d’un « nyctalope » impérial, entre gigot et fromage. Je le savourais encore sur un chemin de feuilles mortes, hérissé de châtaignes, lorsque son auteur poussa l’élégance jusqu’à nommer doctement, pour une assistance enfantine médusée, la « cupule » coiffant le gland tombé à terre.
Cupule et nyctalope, c’était presque trop pour un dimanche.
Que dire alors du « molaquer* » inventé par une collègue en grande forme, pour les seuls besoins d’une potache et phonétique récréation ?
Qu’il y a privilège à vous connaître, rien que pour ces mots-là.
Merci Marie, merci Philippe.
* « Terre ! molaque-t-il (en apercevant une côte après trente jours de navigation à la dérive). »
P.S. Désolée pour la première version un peu bousculée de la citation, rectifiée maintenant. Un peu de respect pour les grands textes ne nuit pas.
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