Jeudi 15 mai 2008
- Maman, je voudrais un hamster. Non, deux, un papa et une maman.
- Euh... je crois que ce n'est pas une bonne idée. Si tu fais ça, tu auras douze mille petits dans trois semaines, et on ne saura pas quoi en faire.
- Ben on les vendra !
- Oui, mais quand on en aura vendu dix ou vingt à tous les gens qu'on connait, on fera quoi ?
- Ben on les vendra à des inconnus !

Et voilà. Pourquoi se compliquer la vie quand il suffit de vendre des bébés hamsters à des inconnus ?
par JACOTTE publié dans : MARMAILLE
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Mardi 12 février 2008

- Il est où, Franck Legrand ?
Elle est plantée devant la colonne de CD, elle veut écouter de la musique en prenant son bain.
Elle a sept ans. Elle aime De Palmas, Nuage de Swing, Barbara, Linkin Park et Franck Legrand.
Elle ne sait pas que ce Franck-là était une figure incontournable des feux-de-bois-canettes de la grande époque. Un pote de bringue de son tonton, qui l’appelait le Gros avec des trémolos dans la voix, surtout à cinq heures du matin après le concours de Pelforth fraise.
Elle s’en fout. Elle a juste envie d’écouter « Y a pas de hasard » dans son bain.
J’avais juste envie que Franck le sache.

par JACOTTE publié dans : MARMAILLE
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Dimanche 13 janvier 2008
J'aime bien écouter de la musique en cuisinant parce que ça stimule ma créativité.
Ce soir j'ai écrit LOVE sur ma pizza. Avec des anchois. Il y avait exactement le nombre nécessaire d'anchois dans la boîte pour écrire LOVE.
C'est grâce à Springsteen et Pete Seeger.

par JACOTTE publié dans : RECETTES
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Lundi 17 décembre 2007
A quoi reconnaît-on l'hiver ? A la neige ? Certainement pas. Il en tombe en novembre comme en avril, qui sont à l'hiver ce que l'esprit est au Petit bulletin. Au froid ? Pas plus, je le crains. Aux arbres sans feuilles ? C'est mieux mais pas très précis, vous en conviendrez.
Moi je sais qu'on est en hiver quand je ne peux plus m'arrêter de mettre du fromage dans la béchamel pour les crêpes fourrées.
par JACOTTE publié dans : BOULETTES
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Dimanche 16 décembre 2007

D’accord, c’est un peu fouillis. Un peu réservé aux dylanodoctes, comme l’a écrit Pierre Murat. D’accord, la tignasse de Cate évoque plutôt Marie-Paule Belle que Robert Zimmermann.
Mais il y a cette perplexité qui ne se dissipe jamais, à suivre sans bien les comprendre les aventures d’un petit garçon prénommé Woody (Woody Guthrie était-il noir ?), d’un Tony ou Franck Quelque Chose, folk star un peu ringarde aux faux airs de Chris Isaak, ou d’une Julianne Moore qui a tout de Joan Baez, sauf le nom.

Perplexité qui devient trouble à l’apparition de Cate Blanchett : joues creuses, regard fiévreux, moues dégoûtées, dos de moineau et mouvements mâles où traîne une féminité qu’on a du mal à croire feinte. Cate en Bob au piano : les mêmes mouvements de tête scandant les mots poil à gratter du protest singer, un soupçon de grâce en plus.

Le trouble grandit avec la performance vocale : les intonations caractéristiques, ces phrases qui montent et redescendent au gré des mises au point du bonhomme, c’est déjà fort. Mais le timbre lui-même y est. Ou alors on veut le croire. Parce qu’on est plus que séduite, scotchée par ce regard qu’on prend en pleine figure, du fond d’une limousine, qui dit toute la roublardise, l’art de la séduction et de l’esquive du personnage. Un regard qui dit à lui seul qu’on a bien fait de venir. Et qui nous suit lorsqu’on remet Blonde on blonde sur la platine, à peine arrivée à la maison.

par JACOTTE publié dans : FILMS
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Mardi 30 octobre 2007
Au numéro 20 de la rue de Sault, il y a une porte vitrée, avec une poignée à l’ancienne. Derrière la porte se trouve une salle pleine de chaises et de gens assis sur les chaises, qui me tournent le dos. Il y a même deux jeunes filles debout, appuyées contre la porte, avec des blocs-notes. Et tout au fond de la salle, derrière une grande table, face à tout ce monde, il y a Philippe Claudel, qui lit. J’étais venue pour voir la tête, entendre la voix de celui qui a écrit Meuse l’oubli. La dame au téléphone m’avait conseillé d’arriver un peu en avance. J’ai trente minutes de retard. Si je veux entrer, il faudra que je pousse les deux jeunes filles, que je me faufile dans un coin où elles se gênent déjà à deux. Alors que je pourrais acheter Elle et aller manger une omelette au Sporting. Arrosée d’un verre de Côtes du Rhône. En dressant mon couvert, le garçon lirait à voix haute « 80 coups de coeur mode à prix mini » sur la couverture de mon magazine, que je proposerais de lui mettre de côté si ça l’intéresse. Je finirais mon omelette, baveuse à souhait, juste à temps pour aller voir la belle Vera Farmiga tricoter un pull rouge sur une plage d’Amérique ou de Corée.
Et je lirais Le rapport de Brodeck. Plus tard. En imaginant la tête de Claudel en train de l’écrire.
Quelqu'un peut-il me le prêter ?

par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Jeudi 25 octobre 2007
- Alors, il était bien le match ?
- Ah oui, vraiment ! A un moment, quand ils étaient tous en tas...
- Ah bon, ça s'appelle un tas ?
- Ben, quand ils sont tous par terre, ça forme un tas.
par JACOTTE publié dans : PHILOSOPHIE
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Jeudi 25 octobre 2007
Eléments imposés : un bruit qui revient sans arrêt, un mauvais numéro, un secret de nuit et "ils font les mêmes pour les hommes ?", à faire tenir dans 5 à 6000 signes, entre 19 heures et 7 heures du matin.
C'était la nuit des Insomniaques, de vendredi à samedi dernier, chez Clairon, avec Patoche et Agnès. Il y avait du saucisson, du Corbières, des légumes avec des petits pots de sauce, des biscuits, du chocolat, du café, et nous dans la nuit de Vouise.
C'était bon.
Moi, j'ai écrit ça :


« Identifiant ou mot de passe incorrect. Veuillez ressaisir votre identifiant et/ou votre mot de passe. »
Cécile perdait patience. Trois fois de suite, elle avait tapé son identifiant en épelant les lettres à voix haute, M-O-N-T-A-L-E-G-R-I-A, puis son numéro de sécurité sociale, qui lui servait de mot de passe. Il ne pouvait pas être mauvais. Elle avait pourtant demandé l’envoi par e-mail de ses données de connexion et les avait copiées-collées telles quelles dans les champs. Elle avait même redémarré l’ordinateur. Peine perdue. Impossible de se connecter.
Elle repoussa rageusement la tablette du clavier et chercha ses cigarettes. Elle en alluma une et descendit la fumer dehors, sur le banc devant la maison. Elle avait gardé cette habitude après le départ de Benoît, qui ne supportait pas l’odeur de tabac froid. La nuit était tombée, mais il faisait bon en ce début d’octobre. Elle pensait à Born2ride, qui devait l’attendre devant son écran. Un homme patient. En deux mois de correspondance quasi quotidienne, il lui avait posé beaucoup de questions sur son travail, ses loisirs, ses goûts vestimentaires et culinaires, sur ce qu’elle attendait d’un homme. Ils avaient eu quelques conversations assez érotiques, qui rendaient Cécile impatiente de la première rencontre. Mais Born2ride ne l’avait pas encore proposée. Elle préférait lui en laisser l’initiative.
Elle entendit la moto,  comme tous les soirs vers vingt et une heures. Cécile pensa que sa voisine avait plus de chance qu’elle. Pas de problèmes de connexion avec son motard, en tout cas. La moto ralentit avant le virage du bout de la rue, puis accéléra à fond pour piler devant la maison mitoyenne et s’engager dans l’allée. Cécile croisa le regard du pilote, seul élément humain de cet être de cuir et de chromes. Puis la moto disparut sous le porche et le moteur se tut. Cécile réalisa qu’elle entendait toujours la moto arriver, mais jamais repartir. L’amoureux devait travailler loin et partir très tôt. Ou rentrer dormir chez lui. Des pas sur les pavés, un bruit de bottes qui se rapprochait au lieu de s’éloigner. Le motard était là, devant elle, son casque sous le bras, le bandana rouge encore sur le menton. Mais c’était une motarde.
-    Bonsoir, dit-elle.
-    Bonsoir, répondit Cécile un peu brusquement.
-    Je m’appelle Frankie. Je vous offre un café ?
-    Euh, je sais pas…
-    On est voisines et on ne se voit jamais, c’est dommage, non ? Allez, café, pas d’histoires.
Frankie avait jeté son blouson sur un vieux canapé défoncé. Pendant qu’elle préparait le café, en bottes et pantalon de cuir, Cécile s’était assise devant la grande table encombrée de vaisselle sale, de journaux et d’ordinateurs. Il y en avait au moins trois, reliés par des paquets de fils à d’autres appareils dont Cécile ignorait le nom.
Frankie apporta deux tasses dépareillées, le pot de café et un cendrier. Elle remplit les tasses en silence et s’assit à califourchon sur une chaise à l’envers. Son épaule gauche était tatouée d’une louve aux crocs agressifs. Elle alluma une Lucky Strike et tendit le paquet à Cécile.
-    Vous avez dîné ?
-    Oui, mentit Cécile.
Tellement énervée par ses soucis de connexion, elle avait fini un reste de pizza tout sec et commencé un yaourt qu’elle ne se souvenait pas avoir fini.
-    Pizza-yaourt ?
Cécile rougit.
-    Oui, pizza-yaourt. Et vous ?
-    Je ne dîne jamais.
-    Tiens…
-    Ça vous rappelle quelqu’un ?
-    Oui.
-    Un ami ?
-    En quelque sorte, oui.
Born2ride était-il un ami ? Sans doute.
-    Je suis indiscrète ?
Cécile sourit, baissa les yeux. Elle aimait bien la voix de sa voisine, rauque, traînante. Elle aimait aussi ses questions directes et la chaleur dont elle les enveloppait.
-    Oui. Mais ça ne me gêne pas.
-    Vous aimez les questions directes.
-    Oui. J’aime bien votre café, aussi. Brésil ?
-    Monte Alegre.
Cécile se sentit pâlir. Frankie la regardait droit dans les yeux.
-    C’est mon café préféré.
-    Oui. Je sais.
-    Comment… vous savez ? Mais… vous n’avez qu’un moyen de le savoir…
Cécile balayait la pièce des yeux. Tous ces ordinateurs, ces fils, ces modems, ces témoins lumineux…
-    Je suis informaticienne. Je travaille chez SLX à Vienne.
-    Et vous…
-    Je peux accéder à n’importe quel ordinateur personnel. Le vôtre est très mal protégé. En une nuit j’ai trouvé vos codes de connexion à rendez-vous.com. Le reste, c’est vous qui me l’avez dit.
Cécile se sentait mal. Elle se leva, se dirigea vers la porte, sortit dans la nuit. Frankie n’avait pas bougé. Cécile expira profondément, ce qui n’empêcha pas les larmes de lui monter aux yeux. Elle fit mécaniquement les vingt mètres qui la séparaient de sa porte d’entrée, monta au premier. Elle s’arrêta au seuil de sa chambre. Sur son écran, le rectangle familier orange et vert clignotait. « Vous avez un nouveau message. »
Frankie pouvait donc aussi activer la connexion depuis ses propres machines. Cécile s’assit devant la machine, cliqua sur le rectangle, puis sur l’avatar de Born2ride.
« Hi, Monta. Bonne soirée ? »
Cécile tapa : « Je ne sais pas. »
Quelques minutes s’écoulèrent avant que la réponse ne s’affiche :
« Une surprise ? »
« Pour le moins »
« Bonne ? »
« Peut-être »
Nouveau silence à l’écran, puis :
« Monta, j’aimerais bien vous rencontrer, maintenant. Vraiment. »
Cette fois, c’est Cécile qui prit son temps pour répondre :
« Tout à l’heure, chez ma voisine, j’ai vu une louve tatouée. Vous croyez qu’ils font les mêmes pour les hommes ? »
« C’était probablement un loupanthère. C’est un animal mythique. Virtuel. Hermaphrodite. »
« Mâle et femelle à la fois ? »
« Mâle ou femelle, c’est une question de regard. »
« D’accord. Demain, c’est moi qui offre le café. »


par JACOTTE publié dans : HISTOIRES
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Jeudi 18 octobre 2007

Rien ne me ravit plus qu’un mot rare perdu dans une phrase banale, lâché par un orateur désinvolte, inconscient du prix du cadeau.
Je fus récemment gratifiée d’un « nyctalope » impérial, entre gigot et fromage. Je le savourais encore sur un chemin de feuilles mortes, hérissé de châtaignes, lorsque son auteur poussa l’élégance jusqu’à nommer doctement, pour une assistance enfantine médusée, la « cupule » coiffant le gland tombé à terre.
Cupule et nyctalope, c’était presque trop pour un dimanche.
Que dire alors du « molaquer* » inventé par une collègue en grande forme, pour les seuls besoins d’une potache et phonétique récréation ?
Qu’il y a privilège à vous connaître, rien que pour ces mots-là.
Merci Marie, merci Philippe.

 

* « Terre ! molaque-t-il (en apercevant une côte après trente jours de navigation à la dérive). »

 

P.S. Désolée pour la première version un peu bousculée de la citation, rectifiée maintenant. Un peu de respect pour les grands textes ne nuit pas.

par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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Mardi 16 octobre 2007
Elle a commencé par la plante de mes pieds, durcie par l’été et décontenancée par cette douceur inaccoutumée. Solidaires, mes mollets et mes cuisses en ont oublié de se concentrer sur leurs propres sensations.
Elle s’est ensuite occupée de mon dos, de mes épaules, de mes bras. Elle m’a demandé de me retourner, j’ai obéi avec une lourdeur paresseuse. Et elle a recommencé, depuis les pieds.
Elle avait vingt-cinq ans à tout casser, une voix et des gestes très doux et une compréhension infinie pour les excès et les résignations de mon corps de quarante-trois. Sous ses doigts, j’en ai eu quatre-vingt, ou quatorze.
Et lorsqu'elle a pris mes doigts un par un, les étirant et les pinçant doucement
, j’ai eu six mois.
Le moyen de se lever, de reprendre sa serviette, de remonter l’escalier pour se rhabiller et rentrer chez soi, quand on a six mois, plus une seule tension dans les muscles et de l’huile à la rose sur tout le corps ?
Elle a dû appeler les pompiers.

par JACOTTE publié dans : NEZ AU VENT
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